Griffonnages

Blog de Michel Brouyaux /// Pourquoi ce blog ?

Psaumes balbutiés. Erwin Mortier

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Cela a-t-il commencé par le mot livre, le mot qui ne lui revient pas ? (Elle donne un coup de coude à mon père : Dis-le, toi, tu le sais). Ou par l’affaire du dentifrice, qu’elle avait utilisé comme crème pour le visage ?

Mais quand commence une telle chose ? Quels signes sont les premiers ?
D’une écriture superbe, pleine de poésie, dans une série de séquences qui sont autant de tableaux, Erwin Mortier nous décrit, dans ce livre superbement sous-titré Livre d’heures de ma mère, le combat sans issue, la lutte acharnée, perdue d’avance, que mène sa mère contre la dégénérescence. Le cerveau ravagé par la maladie d’Alzheimer, elle est encore là, tout en n’y étant pas.

 La maison est devenue une cage tordue dans laquelle rouille un rossignol mécanique. Les jours de brouillard mental commencent à l’emporter sur les moments de plus en plus rares de relative lucidité.  La tristesse, la colère, la douleur n’empêchent pas l’agacement. Ni, parfois, l’humour. Mais c’est l’amour qui sauve ce qui peut l’être :

J’ai déjà fait mes adieux à la femme que j’ai connue et qui a été ma mère, autrefois. J’essaie à présent de la voir comme une fillette joyeuse, tantôt agitée et tantôt craintive, qui joue dans les replis d’une femme de soixante ans et régresse au stade infantile.

Arrive alors Noël, et l’on passera minuit sans elle, pour la première fois. Minuit arrive toujours, écrivait Vila-Matas. Mais soixante-six ans, comme c’est tôt ! Et, comme Pérec, l’auteur d’égrener ses souvenirs…
C’est une banalité de le dire : la vieillesse et l’approche de la mort amènent à questionner la condition humaine et à chercher le sens de la vie. Au moment où le corps s’apprête à éteindre les lumières dans toutes les chambres, on s’aperçoit avec regret que la vie, c’est tout de suite fini.
Pas plus que nous, Erwin Mortier ne possède les réponses.
Sauf, peut-être, dans la magnifique scène finale ?

(Merci à Alain Dantinne de m’avoir signalé ce livre)

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Psaumes balbutiés, d’Erwin Mortier. Editions Fayard.




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