Griffonnages

Blog de Michel Brouyaux /// Pourquoi ce blog ?

Autrement et encore, de Sébastien Lapaque

autrement

J’achève à l’instant la lecture du dernier recueil de chroniques de Sébastien Lapaque, Autrement et encore, qui vient de paraître chez Actes Sud.

Je ne suis sûrement pas le seul, mais j’ai un problème avec les livres de l’ami Lapaque : je le citerais entièrement. Mon exemplaire de son livre est à chaque page souligné et surligné…

Qu’est-ce que la France ? Ce n’est pas un produit intérieur brut, comme le croient les Tristes Sires qui nous gouvernent. A cette aune, notre pays ne serait qu’un canton du vaste empire américano-européen, ainsi que s’en félicitait Alain Minc dans un journal ce matin. L a France, c’est un état d’âme. Ce sont ces souvenirs d’écolier, c’est ce qui dure contre ce qui fait semblant de durer. C’est Jeannot L apin et Bibi Fricotin, c’est Ronsard, Hugo et Aragon, la Loire qui prend sa source au pied du mont Gerbier-de-Jonc, c’est le chant de la langue, la gloire et la foi (…) Sacrés Français ! Charles Péguy encore une fois : « C’est embêtant, dit Dieu. Quand il n’y aura plus ces Français, il y a des choses que je fais, il n’y aura plus personne pour les comprendre . »

Qu’il nous parle de littérature ou de football, du vin ou de la crise, ou de cinéma (ne pas rater sa chronique sur le film de Jean Duvivier, La Belle équipe), qu’il vilipende la novlangue managériale du turbocapitalisme ou qu’il vous serve la recette du couscous à la tunisienne, intense et piquant comme un jour de grève générale, son écriture est un perpétuel régal. (Sa conversation tout autant : je me souviens de cette joyeuse soirée à la librairie Papyrus, en octobre 2009)

Amoureux de (son) vieux pays,il ne supporte plus les porte-flingues de presse, payés à la ligne pour camoufler la décomposition oligarchique des démocraties commerciales. Contemplant le capitalisme festif, il est tenté de jeter à la Seine le bobo avec l’eau du bain.

Evoquant les bouquinistes, la Seine encore : le seul fleuve du monde à couler entre deux rangées de livres.

D’un hommage à ses amis viticulteurs, il passe aux goals marqués par l’Uruguay lors de la Coupe du Monde 2010. D’une parfaite présentation du Quai de Ouistreham de Florence Aubenas à la recension du cycle romanesque de François Tallandier, il saute d’un sujet à l’autre dans un style vif, drôle et rafraîchissant.

Il observe que l’Europe libérale impose aux agriculteurs d’acheter les semences (qu’ils pourraient reproduire eux-mêmes) par une contribution volontaire obligatoire (ça ne s’invente pas !) voulue par les multinationales comme Monsanto ou Bayer. Passéiste ? C’était mieux avant ? Citant René Riesel : non, c’est juste pire maintenant.

Quand est-ce qu’on rallume la lumière ?

Chrétien, gaulliste, Sébastien Lapaque exècre la droite d’argent et cite Saint Augustin et Marx, Gramsci et Thérèse d’Avila, Proudhon, Bloy, Bernanos, Albert Camus et Simone Weil. (Cet homme a tout lu !)
Romancier, poète, pamphlétaire, critique littéraire, Lapaque publie ses chroniques dans des journaux aussi différents que Témoignage chrétien, le Figaro, le Magazine littéraire et le Monde diplomatique. Bref, un “OVNI” dans le PEF (paysage éditorial français. Hum !)

Vous l’aurez compris : même si l’on n’est pas obligé de partager tous ses enthousiasmes, avec Sébastien Lapaque, on ne s’ennuie pas une seconde !

Courez vite chez votre libraire !

P.S. : à propos de libraire, je viens d’apprendre que la librairie Livre aux trésors  invite Sébastien Lapaque le 1er juin prochain. Avec dégustation de vins bio, s’il vous plaît. Heureuse initiative de cette merveilleuse librairie liégeoise… (attention : il faut réserver. tel 04 2503846)

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Autrement et encore, de Sébastien Lapaque, chez Actes sud.




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